Histoire coloniale et postcoloniale

où il est question de repentance coloniale

publié le 19 septembre 2006 (modifié le 30 août 2019)

La section de Toulon ne s’adonne pas à la “repentance coloniale”

« A l’histoire revient le pouvoir d’élargir le regard dans l’espace et dans le temps, la force de la critique dans l’ordre du témoignage, de l’explication et de la compréhension, la maîtrise rhétorique du texte, et plus que tout l’exercice de l’équité à l’égard des revendications concurrentes des mémoires blessées et parfois aveugles au malheur des autres. »
Paul Ricoeur [1]

D’après les dictionnaires, la notion de repentance mêle le regret douloureux que l’on a de ses péchés, de ses fautes, au désir de se racheter.

En ce sens, les adhérents de la section LDH de Toulon ne s’adonnent pas à la repentance. Nous ne sommes ni des pénitents, ni des flagellants, et nous ne nous recouvrons pas la tête - ni celle des autres - de cendre. Le contexte local - c’est dans le midi méditerranéen que sont venus s’installer beaucoup des rapatriés d’Afrique du Nord, et Toulon a été la plus importante des villes gagnées par l’extrême-droite - nous a amenés à développer notre réflexion sur notre passé colonial et notamment en Algérie. Mais il n’a jamais été question pour nous d’envisager des excuses ou de demander pardon pour des faits - dont nous ne portons d’ailleurs aucune responsabilité individuelle. Nous n’avons pas davantage cherché à juger les hommes.

En fait, ce n’est pas le devoir de mémoire qui nous anime mais le devoir de vérité. Le devoir de vérité est un impératif, en particulier envers les vivants qui portent le poids d’un passé encore présent. Devoir de vérité pour toutes les victimes, quelle que soit leur “origine”. En nous cantonnant au domaine franco-algérien, trois exemples illustrent l’implication de la section de Toulon pour contribuer à l’émergence de la vérité :

  • nous sommes intervenus pour que soient levées les sanctions prises contre les deux archivistes parisiens qui avaient aidé à faire la lumière sur les événements du 17 octobre 1961 à Paris,
  • nous soutenons les harkis en essayant de faire connaître la réalité des discriminations dont ils sont encore trop souvent l’objet,
  • nous avons approuvé les demandes de vérité des familles de disparus en Algérie en juillet 1962 (les historiens auront attendu quarante quatre ans pour avoir accès à « la totalité des dossiers des pieds-noirs disparus en Algérie de 1954 à 1962 » [2]).

La demande de vérité est toujours légitime, et nous la soutenons. Encore faut-il que la recherche de la vérité ne serve pas d’alibi à des manipulations : il n’est pas plus acceptable d’utiliser l’histoire pour falsifier le passé, que d’instrumentaliser la mémoire et le chagrin pour tenter de réhabiliter des entreprises criminelles.

Il aura fallu quarante et un ans pour dévoiler le képi du gendarme français qui apparaissait sur une photo prise à Pithiviers en avril 1941 [3] : l’histoire officielle faisait écran à la vérité. Aujourd’hui les historiens doivent continuer à la rechercher sans céder à la pression des lobbies négationnistes.

Concluons avec Jaurès : « Le devoir, c’est de chercher la vérité, et de la dire. » [4]

Toulon, le 19 septembre 2006.

[1L’écriture de l’histoire et la représentation du passé, conférence à la Sorbonne, le 13 juin 2000.

[2D’après Boris Thiolay, dans l’Express du 13 septembre 2006 : La vérité sur les massacres d’Oran, par Boris Thiolay.

[3Voir notre article article 1533.

[4Jean Jaurès, Conseil à la jeunesse, 1913.