les Roms et la délinquance, selon Maître Eolas

publié le 30 août 2010 (modifié le 4 septembre 2010)
Destruction d’un bidonville bulgare le 7 juillet 2010 à Floirac, dans la banlieue bordelaise. (Romeurope)



Les Roms sont l’une des populations les plus victimes de la délinquance

« Une question se pose, et je ne tiens pas à l’éluder : celle des Roms et de la délinquance. Le lien est certain, les chiffres ne mentent pas. Partout en Europe, les Roms sont bien plus victimes de la délinquance que les autres populations. Destructions de biens, agressions racistes, sur lesquelles les autorités ferment bien volontiers les yeux, d’autant plus que les Roms, on se demande pourquoi, ont développé à leur encontre une certaine méfiance, quand ce ne sont pas des pogroms. Sans compter les crimes contre l’humanité subis par ce peuple, que ce soit le génocide nazi ou la réduction en esclavage en Valachie et en Moldavie – oui, des esclaves en Europe – jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle.

« Ce n’est pas une boutade, c’est une réalité : la délinquance, les Roms en sont d’abord victime. On a déjà vu que même en France, État de droit imparfait mais État de droit, l’État ne respecte pas la loi Besson [1]. Vous verrez dans la suite de ce billet qu’au moment où je vous parle, il fait encore pire à leur encontre puisque la politique d’expulsion mise en œuvre est illégale. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les juges administratifs [2]. L’Union européenne l’a remarqué. Le Conseil de l’Europe l’a remarqué. L’ONU l’a remarqué. Le Pape l’a remarqué. L’UMP n’a rien remarqué. »



Il n’existe pas de statistique sur la délinquance des Roms

« Aucune statistique n’existe sur la délinquance des Roms. Aucune. Tout simplement parce que ce serait interdit : Rom est une origine ethnique, or la loi prohibe la constitution de fichier sur des bases ethniques ou raciales — suite à un précédent quelque peu fâcheux.

« Donc quand le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, que l’on a connu plus méticuleux en matière d’arithmétique ethnique, prétend présenter des statistiques de la délinquance des Roms pour justifier la politique du Gouvernement, il ment. Je sais, ça devient une tradition de ce Gouvernement, mais que voulez-vous, je n’arrive pas à m’y faire. Quelqu’un, je ne sais plus qui, m’a mis dans la tête l’idée saugrenue de République exemplaire, du coup, je fais un blocage.

« Le ministre de l’intérieur a cru devoir présenter publiquement (sur RTL) le 25 août des statistiques fondées sur « une étude des services de police », non sur l’origine ethnique, interdite, mais sur la nationalité du délinquant, roumaine en l’occurrence. »





Des statistiques qui n’ont rien à voir avec la réalité

« De plus [...] le Gouvernement estime que l’opinion publique, qu’il confond hélas trop volontiers avec le peuple souverain, est particulièrement remontée contre les vols à la tire (les pickpockets) ou à l’arraché (qui en est une variante un peu plus bourrin) dans les transports en commun. Le ministre de l’intérieur va demander aux forces de police de mettre la pression contre cette délinquance. Le commissaire de police va recevoir cette instruction et va redistribuer ses effectifs, qui préalablement luttaient contre les violences faites aux personnes, sur les voleurs du métro. Mécaniquement, le nombre d’interpellation pour des faits de violence va baisser. Les policiers interviendront toujours lors d’une bagarre, mais n’arrêteront personne pour des faits de violences légères, puisque leur mission est de surveiller les voleurs à la tire. Un délit constaté de moins = baisse de la statistique correspondante, sans que la réalité n’ait changé en quoi que ce soit. En revanche, plus de voleurs à la tire seront arrêtés (car la police reste malgré tout plutôt efficace dans son boulot). Augmentation de la statistique, sans lien avec l’évolution de la réalité. Voilà la méthodologie qui préside à la confection de ces statistiques.

« C’est pourquoi le ministre peut proclamer des chiffres aussi aberrants, et sans hélas faire tiquer qui que ce soit, qu’une augmentation de 138 % en un an de la délinquance roumaine [2]. [...] Qui a dit que les Roms étaient des feignants ? »

Maître Eolas
(intertitres : LDH-Toulon)


[1[Note de LDH-Toulon] – Il s’agit de la loi Besson sur l’accueil et l’habitat des gens du voyage due à Louis Besson.

[2[Note de LDH-Toulon] – Le tribunal administratif de Lille vient d’infliger un désaveu sévère à la Préfecture du Nord, et contredit implicitement les propos du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, qui affirme qu’en expulsant les campements sauvages de Roms, il ne fait qu’appliquer la loi. Il a annulé hier quatre arrêtés de reconduite à la frontière. (LibéLille, le 28 août 2010 : http://www.libelille.fr/saberan/201...)