la stèle pour l’OAS squatteuse de cimetière

publié le 18 juillet 2005

L’érection d’une stèle à la gloire de l’OAS à Marignane (Bouches-du-Rhône) sur un terrain communal est moralement condamnable. Mais, selon la Ligue des droits de l’homme (LDH), elle pourrait être de surcroît illégale. Même si Daniel Simonpieri, maire (ex-FN, ex-MNR) de la commune, a tenté, a posteriori, de se mettre en conformité avec la loi. En septembre 2004, la mairie autorise l’Amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française (Adimad) « à ériger une stèle dans le cimetière Saint-Laurent-Imbert ». Daniel Simonpieri a mis une parcelle de six mètres carrés à la disposition de l’Adimad. Mais a-t-il soumis cette décision au conseil municipal ? La LDH n’en a trouvé aucune trace, malgré un examen attentif des délibérations de l’année 2004. S’il y a eu vote, les comptes rendus ont été obligatoirement transmis au préfet afin que celui-ci procède à un contrôle de légalité.


L’administration a-t-elle donné son feu vert ? Pas sûr. « Le fait qu’une commune se dépossède d’une partie de son patrimoine inaliénable pour un objectif qui n’entre pas dans sa mission de service public n’aurait pas dû passer le contrôle », observe Germain Latour, avocat au barreau de Paris [1]. À moins que Daniel Simonpieri ait agi sans l’aval de son conseil municipal.

Autre question : le maire de Marignane a-t-il mis gracieusement la parcelle à la disposition de l’Adimad ? « L’emplacement offert pour ce monument est magnifique : sur une pelouse, dans le nouveau cimetière de Marignane », se réjouit l’association sur son site Internet.

À l’approche de la date d’inauguration de la stèle, fixée par l’Adimad au 6 juillet, les associations, dont la LDH et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), font monter la pression. Demandent au préfet d’interdire la manifestation pour éviter des troubles à l’ordre public. Et commencent à examiner la légalité de l’opération.

Coïncidence ? Le 23 juin, Daniel Simonpieri prend un arrêté dans lequel il autorise « temporairement » l’Adimad à « occuper le domaine public communal » [2]. Temporairement ? Le mot fait sourire Germain Latour : « Cette stèle étant érigée demeurera », pronostique-t-il. Le même arrêté prévoit « le paiement [par l’Adimad] d’une redevance de 169 euros ». Ce qui ne change rien à l’irrégularité de l’affaire. Ce même 23 juin, Daniel Simonpieri contacte les nostalgiques de l’OAS afin qu’ils diffèrent « la date de l’inauguration, le temps que les passions s’apaisent » [3]. Les responsables de l’Adimad écoutent leur ami le maire. Le 6 juillet, la stèle est érigée en douce. Sans cérémonie.

Depuis, le bras de fer avec les associations antiracistes se poursuit. Le 12 juillet, Mouloud Aounit, président du Mrap, dénonçant une « apologie du colonialisme » ayant « un lien direct sur le devenir du vivre ensemble en France et sur les relations d’amitié entre les peuples français et algérien », a écrit à Dominique de Villepin. Il lui demande deux choses : d’une part, la destruction de toutes les stèles à la gloire de l’OAS. Selon l’historien Claude Liauzu, il en existe à Toulon, à Nice, à Théoule-sur-Mer, à Perpignan... Le militant antiraciste demande d’autre part que soient rebaptisées les rues « portant le nom des tueurs de l’OAS ». Il existe à Marignane une avenue du Général-Raoul-Salan.

[1Dans un article intitulé La mémoire qui flanche, Germain Latour écrit : « [la stèle de Marignane] est un outrage à des décisions de justice et l’apologie de crimes qui ont trouvé une « terre d’asile » au nom du « droit à la mémoire » de certains contre la vérité d’une nation. »

[2Voir la note [1] qui accompagne la description de la stèle.