la Calédonie entre dans l’histoire

publié le 24 février 2007


« C’est un moment historique pour l’école calédonienne », a déclaré Charles Washetine, membre du gouvernement en charge de l’enseignement, hier, lors de la présentation des nouveaux manuels d’histoire et de géographie pour le primaire.

Comment sont conçus ces manuels 100 % locaux ? « Nous partons de la Nouvelle-Calédonie pour ouvrir ensuite sur l’Océanie, la France et l’Europe, a expliqué Philippe Guenere, directeur de l’enseignement de la Nouvelle-Calédonie (Denc). L’étude contextualisée de l’histoire et de la géographie permet aux élèves calédoniens de s’approprier leur milieu environnant et leur passé. Cette connaissance de leur milieu est la meilleure garantie d’une ouverture vers le monde. »

Exit les « ancêtres » gaulois

Les petits Calédoniens apprendront donc toujours l’histoire des Gaulois (exit nos « ancêtres »...) par exemple, mais en comparant avec les événements de leur pays durant la même période. Ils découvriront aussi un planisphère qui place la Calédonie en son centre ou encore des frises chronologiques comparatives Nouvelle-Calédonie, France, Europe...
Des dossiers en langues kanak (drehu, nengone, paici et ajie) sont également insérés dans les nouveaux manuels. « Ils serviront de point de départ pour raconter l’histoire de la région », a poursuivi Philippe Guenere.

Découverte réciproque

Il aura fallu plus de trois ans à de nombreux experts locaux, chercheurs et enseignants pour rédiger ces ouvrages. « Nous avons dû nous débarrasser de nos représentations mentales figées dans notre histoire pour pouvoir travailler ensemble et nous accorder, a précisé le directeur de la Denc. Chaque mot a été pesé. » À commencer par le mot « découverte ». Plus question de dire que Cook a découvert la Nouvelle-Calédonie. « C’est une découverte réciproque. Les Kanak ont découvert les Européens tout comme ceux-ci ont découvert les Kanak. On n’est plus dans une démarche européocentriste », a ajouté Philippe Guenere.

« Il s’agit avant tout d’une banque documentaire, a précisé Charles Washetine. Mais nous sommes en période d’observation. Nous verrons comment élèves et enseignants s’approprient ces outils. Rien n’est figé.  »



Christiane Terrier, historienne : «  Donner une mémoire commune aux enfants de ce pays »

Christiane Terrier, historienne, professeur à l’IUFM, auteur et coordinatrice principale du manuel d’histoire.

  • Les Nouvelles calédoniennes : Quels sont les aspects novateurs de ces deux manuels ?

Christiane Terrier : Il s’agit d’ouvrages qui associent les deux histoires, celle de la France et celle de la Nouvelle-Calédonie, et les deux espaces dans un seul manuel. Ils sont le résultat d’une réflexion collective large et consensuelle et reprennent complètement les programmes votés officiellement par le Congrès en 2005. Jusque-là, les ouvrages sur l’histoire ou la géographie étaient bien souvent le fruit d’initiatives personnelles. L’histoire calédonienne est structurée avec une problématique explicite, un questionnement pour exploiter les documents, des thèmes à développer, une fiche de synthèse et un lexique clairement identifié pour répondre le mieux possible aux besoins des enseignants.

Enfin, des chapitres et des dossiers entiers sont écrits en langue kanak. C’est une première.

  • Qu’apportent ces ouvrages de neuf sur le fond ?

Il s’agit d’une actualisation des connaissances sur la Nouvelle-Calédonie et son environnement en histoire comme en géographie. Une importance plus grande a été accordée à l’histoire contemporaine, en particulier sur la période allant des accords de Matignon à celui de Nouméa. De gros efforts ont été réalisés pour bien recontextualiser les événements en Calédonie par rapport à la Métropole mais aussi à la région Pacifique.
Par exemple, en histoire, certains événements qui ne paraissaient pas fondamentaux ont été repositionnés comme notamment l’histoire des découvertes et les premiers contacts dans le Pacifique et leurs conséquences. Ces manuels possèdent aussi une ouverture sur le Pacifique qui n’a pas été traitée auparavant, abordent des environnements spécifiques aux Calédoniens comme Maré, Lifou et Houaïlou en géographie, ainsi que des problématiques récentes comme le rééquilibrage.

L’objectif est de donner une mémoire commune, un espace commun aux enfants de ce pays. C’est en tout cas ce qui a animé tous les auteurs, je crois.

  • Est-ce une manière d’écrire l’histoire officielle de la Nouvelle-Calédonie ?

Non, parce que l’histoire n’est pas figée. Il n’y a pas de parole unique et je crois qu’au fil de ces ouvrages, on ressent les différentes sensibilités des auteurs. Nous n’avons subi aucune pression des politiques qui n’ont jamais regardé le contenu. Il ne s’agit pas du petit livre rouge de la Nouvelle-Calédonie.

Patricia Calonne et Catherine Léhé