Mémorial du Quai Branly, l’esprit colonial est toujours vivace au cœur de l’Etat

publié le 8 septembre 2010 (modifié le 10 juin 2019)

Nous avions dénoncé en son temps le détournement mémoriel dont le monument du quai Branly avait été l’objet de la part du secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants (SEDAC). Des différents aspects du scandale pointé par le beau travail d’Anne Guérin-Castell, retenons la permanence au secrétariat d’Etat d’une conception raciste de la nationalité.

En février 2010, Jean-François Gavoury, président de l’Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (Anpromevo), rencontre Hervé Oudin, alors directeur adjoint du cabinet du SEDAC. Il obtient des précisions à propos de l’annonce par Hubert Falco le 5 décembre 2009 de l’inscription sur la colonne centrale du mémorial des noms de « civils français, victimes innocentes de la guerre d’Algérie ».

Il en ressort que ne pourront bénéficier de cet hommage que des personnes ayant trouvé la mort hors de métropole, et surtout que le qualificatif « français » désigne des “Français d’origine européenne” ou admis à la qualité de citoyens français (à l’exclusion des “sujets”).

L’exemple des six inspecteurs des centres sociaux éducatifs créés par Germaine Tillion, collectivement massacrés, sur leur lieu de travail et dans l’exercice de leurs fonctions, par un commando de l’OAS, le 15 mars 1962 à Alger, à la veille de la signature des accords d’Évian est révélateur – voir le second volet – : trois d’entre eux, Marcel Basset, Robert Aimard et Maxime Marchand, pourraient figurer sur la colonne centrale, à condition que leurs dossiers soient validés par les services du SEDAC, tandis que Ali Hammoutène et Mouloud Feraoun en sont exclus d’office ; quant au dernier, Salah-Henri Ould Aoudia, dont le père, Boudjemâ-Benjamin Ould Aoudia, avait été admis à la qualité de citoyen français par jugement du TGI de Tizi-Ouzou, son cas devrait être minutieusement examiné.

Quarante-huit ans après la fin de la colonisation la politique mémorielle du gouvernement continue à s’inspirer d’une conception coloniale de la nationalité !



_____________________

Comme Anne Guérin-Castell l’écrit à la suite de son troisième volet, « il ne s’agit pas de revendiquer en dressant les morts contre les morts, en opposant une blessure à une autre blessure. Mais d’essayer de stopper cette progression insidieuse des sympathisants de l’OAS qui ne cessent de maquiller l’Histoire à leur profit ». De mettre un coup d’arrêt à cette progression du négationnisme concernant la guerre d’Algérie.

Henri Pouillot a répertorié les villes où se sont déroulées des manifestations pro-Algérie Française ou pro-OAS : il en a dénombré 57, sans compter les cérémonies d’hommages rendus aux anciens de l’OAS sur leurs tombes (Salan, Bastien-Thiry, Degueldre, Piegts, Bazin, Jouhaud ...)

Parmi ces villes, Toulon, dont Hubert Falco est maire depuis bientôt dix ans, et qui chaque soir fait bénéficier d’un éclairage tricolore un monument qui a été érigé en l’honneur de Roger Degueldre, le chef des commandos delta de l’OAS responsable de l’assassinat le 15 mars 1962 des six inspecteurs des centres sociaux éducatifs.