interdiction de l’hommage aux assassins de l’OAS prévu à Perpignan le 7 juin 2007

publié le 7 juin 2007

COMMUNIQUÉ LDH

Non à l’hommage le 7 juin à Perpignan aux assassins de l’OAS

A Perpignan est annoncé devant le monument érigé à la gloire des « fusillés de l’OAS » un rassemblement au cimetière du Haut-Vernet, le jeudi 7 juin 2007 à partir de 11 heures.

Il s’agit, pour ses initiateurs, l’ADIMAD, association composée d’anciens activistes de l’Organisation armée secrète (OAS), de rendre hommage pour la quatrième année consécutive à :

  • Jean-Marie Bastien-Thiry, qui a dirigé le 22 août 1962 l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle, alors président de la République,
  • Roger Degueldre, chef des commandos « Delta » de l’OAS à Alger, qui a notamment organisé l’assassinat le 15 mars 1962 de six enseignants des Centres sociaux éducatifs fondés par Germaine Tillon,
  • Albert Dovecar et Claude Piegts qui ont participé à l’assassinat du commissaire central d’Alger Roger Gavoury, le 31 mai 1961.

La date choisie est l’anniversaire de l’exécution, après leur condamnation à mort, à une époque où cette peine n’avait pas été abolie, d’Albert Dovecar et Claude Piegts.

La Ligue des droits de l’Homme appelle à une manifestation à Perpignan le même jour à 10 heures, devant le cimetière du Haut-Vernet pour protester contre une telle cérémonie.

Parce que ce monument peut apparaître comme une apologie de ces crimes, contraire à l’esprit de paix, de fraternité et de réconciliation nécessaire pour que vivent ensemble les personnes issues de familles qui ont subi le drame algérien, elle demande au préfet des Pyrénées-Orientales et au maire de Perpignan d’user de leurs prérogatives pour le faire déplacer dans un lieu privé.

Elle appelle dans cet esprit tous les démocrates soucieux de dépasser les drames d’hier et de préparer l’avenir à déposer le jeudi 7 juin à 10h à l’entrée du cimetière du Haut Vernet à Perpignan une gerbe en hommage à toutes les victimes du passé colonial de la France en Algérie de 1830 à 1962.

Paris, le 30 mai 2007



« Le préfet doit l’interdire »

par Roger Hillel, Le Travailleur catalan du 1er juin 2007

La cérémonie organisée par l’Adimad revêt le caractère « d’une forme d’apologie de crime de guerre, par ailleurs constitutive d’un trouble réel à l’ordre public ». C’est l’argument qui figure dans toutes les demandes qui parviennent au préfet des P.-O. afin qu’il « prenne un arrêté d’interdiction à l’encontre des instigateurs de ce rassemblement, dont la réalisation porterait atteinte au crédit de l’Etat ainsi qu’à la mémoire de ceux et celles qui ont perdu la vie au service des institutions républicaines ». A l’heure où nous écrivons, le préfet, Thierry Lataste se contente « d’envisager l’éventualité d’une interdiction, le moment venu, si les circonstances l’exigent ».

Dominique Lasnier (LDH), Philippe Galano (PCF), Patrick Lecroq (Mrap), Bernard Cholet (LCR), Christian Bousquet (Survie), Gilles Perrissinoti (CGT).

Les associations estiment qu’il est temps pour le représentant de l’Etat de passer aux actes : « Monsieur le préfet réveillez-vous ! » l’ont-elles exhorté à leur conférence de presse. D’autant que l’Adimad profite de cet atermoiement préfectoral pour tenter de désamorcer la protestation. Elle vient de retirer de son site Internet la référence à son rassemblement, en ne confirmant que la messe à l’église Saint Paul du Moulin à Vent convoquée pour 16h.

Dans ces conditions, les organisations ont décidé, de déjouer cette manoeuvre en appelant à manifester à partir de 9h et en maintenant leur présence jusqu’à 16 h. Elles ont précisé que si le préfet avait la sagesse d’interdire le rassemblement de l’Adimad en ce lieu public qu’est le cimetière du Haut-Vernet, elles mettraient fin au caractère protestataire de leur manifestation.

Toutefois, dans « un esprit de paix, de fraternité et de réconciliation, nécessaire pour que vivent ensemble les générations issues des populations que le drame algérien a éprouvées », elles maintiennent leur rendez-vous pour 10 h devant le cimetière afin de déposer une gerbe en hommage à toutes les victimes du passé colonial de la France en Algérie, de 1830 à 1962.

Plusieurs personnalités ont annoncé leur présence pour le 7 juin : Jean-François Gavoury, président de l’Anpromevo, Jean-Pierre Gonon, vice-président de France-Algérie, et Gilles Manceron membre des instances nationales de la LDH.

Roger Hillel

Crimes coloniaux en Algérie
Des ONG dénoncent l’hommage rendu aux criminels de l’OAS

[Editorial d’El Watan, le 7 juin 2007]

L’hommage à Perpignan « aux criminels de l’OAS est inadmissible et dangereux », ont souligné, hier à Paris, des représentants d’ONG françaises qui luttent contre « l’idéologie des revanchards ».

Un groupe de nostalgiques de la période coloniale envisage de rendre hommage à des membres de l’organisation terroriste OAS de triste mémoire, lors d’un rassemblement prévu aujourd’hui à Perpignan, dans le sud de la France. Un collectif d’associations, dont la Ligue française des droits de l’homme (LDH) et le Mouvement pour l’amitié entre les peuples et contre le racisme (MRAP), a appelé à une contre-manifestation le même jour à Perpignan « pour refuser qu’une telle cérémonie puisse se dérouler dans un espace public » où une stèle à la gloire des criminels est érigée. « Parce que ce monument peut apparaître comme une apologie de ces crimes, contraire à l’esprit de paix, de fraternité et de réconciliation nécessaire pour que vivent ensemble les personnes issues de familles qui ont subi le drame algérien », la LDH a adressé aux autorités locales et régionales une lettre de contestation.

« Ce genre de manifestations à la gloire d’individus qui ont commis des crimes contre l’humanité en Algérie et en France est inadmissible et dangereux non seulement pour le devoir de mémoire mais aussi pour les valeurs de la République », a déclaré, à l’APS, l’historien Gilles Manceron, vice-président de la LDH. Il a dénoncé le maire de Perpignan qui « n’a pas pris ses distances » par rapport à ce rassemblement « que nous contestons pour son caractère colonial et arrogant ». L’historien s’est indigné « de l’impunité » dont bénéficient les tenants de cette « idéologie d’un autre temps », mais qui revient régulièrement sur la scène publique pour « alimenter leur lobbying politique » à des fins électorales ou pour des privilèges personnels. Parmi ces privilèges, le mouvement associatif a dénoncé l’article 13 de la loi jugée « inique et scélérate » du 23 février 2005 dont l’article 4 faisait l’apologie du colonialisme. L’article 13 a prévu l’indemnisation des criminels de l’OAS qui étaient en exil (entre 1962 et la loi française d’amnistie du 31 juillet 1968).

Aniss Z.