dans notre pays, le rejet de l’islam est d’abord un rejet des immigrés

publié le 9 juillet 2006 (modifié le 13 septembre 2006)
  • L’« islamophobie » mérite-t-elle d’être combattue comme une nouvelle forme de racisme ?

L’« islamophobie » est une notion récente, construite pour répondre à celle de « judéophobie », elle-même lancée par certains intellectuels qui souhaitaient désigner ainsi l’antisémitisme contemporain. Cette notion s’inscrit d’emblée dans un antagonisme avec la question juive. Elle ne me paraît pas très adaptée : dans notre pays, le rejet de l’islam est d’abord un rejet des immigrés, des Arabes, c’est-à-dire le rejet de l’autre, davantage que la hantise d’une religion.

Se centrer sur la question religieuse est une erreur, même si l’islamisme radical est un immense défi. Il est vrai que la France a un passé compliqué avec le monde de l’islam. Mais si, de Charles Martel à la colonisation, en passant par les croisades, l’islam a été vécu comme le coeur d’une menace, il n’en était le plus souvent qu’un élément, éventuellement marginal.

  • Lutter contre l’« islamophobie » ne conduit-il pas nécessairement à relativiser l’antisémitisme ?

Cette notion a été introduite pour rétablir un équilibre et rappeler que les victimes du racisme ne sont pas toutes juives. Le racisme antiarabe ou antimaghrébin est un fléau majeur, insuffisamment pris en compte dans notre société. J’ajoute que si les juifs de France se sentent à juste titre menacés, ils ne sont pas victimes de discriminations, au contraire des personnes originaires du monde arabo-musulman. Le problème n’est pas que l’on donne trop d’importance à l’antisémitisme dans le débat public, mais que l’on n’en accorde pas assez aux autres formes de racisme. J’ai le sentiment que le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) ne manifeste pas toujours une sensibilité suffisante à la gravité de l’antisémitisme.

  • Comment un mouvement antiraciste laïque, porté par des valeurs universelles, dans une société marquée par des tensions communautaires, peut-il fonctionner ?

Nous vivons dans une société désireuse de promouvoir des valeurs universelles et qui, en même temps, se structure sur un mode multiculturel. Je trouverais catastrophique que se développent des mouvements antiracistes si spécialisés dans la défense des juifs, des Arabes ou des musulmans qu’ils en oublieraient le combat général contre toutes les formes de racisme. Mais il serait tout aussi catastrophique qu’ils soient si universels qu’ils en deviendraient incapables de prendre en compte les identités particulières et les formes spécifiques de racisme qui leur sont attachées. Il convient de défendre ces valeurs universelles tout en tenant compte de cette fragmentation. Il faut que chaque identité particulière non seulement se défende elle-même, mais prenne aussi en charge l’ensemble du combat antiraciste.