Philippe Douste-Blazy et les moments d’horreur de la colonisation

publié le 21 avril 2006 (modifié le 26 avril 2006)

Selon Philippe Douste-Blazy, la colonisation est un « moment d’horreur » suivi d’avancées [1]

PARIS [AP 19.04.2006 : 11h48] - La colonisation est toujours « un moment d’horreur » suivi d’un autre moment au cours duquel « des hommes et des femmes travaillent » à des avancées profitant au territoire conquis, a affirmé mercredi le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy.

« Vous savez comme moi que, dans toutes les affaires de colonisation, il y a eu deux moments », a expliqué le ministre, qui était interrogé sur RMC au sujet de la colonisation de l’Algérie. « Le moment de la conquête [...] est toujours un moment d’horreur », a-t-il dit, « et puis il y a, une fois que vous êtes sur la terre, des femmes et des hommes qui travaillent ».

En Algérie, « il y a des instituteurs français qui évidemment ont fait leur travail, il y a des architectes qui ont fait leur travail, il y a des médecins qui ont soigné, il y a des gens qui ont été au contact », a-t-il souligné.

Invité à commenter les déclarations du président algérien Abdelaziz Bouteflika, pour qui la colonisation française a provoqué un « génocide de l’identité » algérienne, Philippe Douste-Blazy a estimé que « polémiquer » ou « employer des mots comme ceux-là » n’est « jamais une bonne chose ». « Je pense qu’il est important, pour l’Algérie comme pour la France, de regarder devant, de construire ensemble parce que, par l’histoire et par la géographie, nous sommes liés à l’Algérie. »

Le ministre a redit qu’il souhaite conclure « un partenariat d’exception avec l’Algérie », qui est « une des plus grandes puissances économiques du monde ». « Simplement, nous devons examiner ensemble notre histoire commune afin d’en examiner les pages les plus douloureuses. »

Lundi, Abdelaziz Bouteflika avait relancé la polémique sur la présence française en Algérie en affirmant que « la colonisation a réalisé un génocide de notre identité, de notre histoire, de notre langue, de nos traditions »
 [2].

___________________________________

Un article scandaleux de la loi du 23 février 2005 [3]


« L’OAS au coeur de la République », est le thème d’une rencontre tenue mardi dernier à l’Assemblée nationale française.



Des parlementaires français et plusieurs associations ont dénoncé à cette occasion l’article 13 de la loi du 23 février 2005 qui indemnise « les membres de l’organisation terroriste OAS » [4].

L’article 13 de ladite loi, déjà contestée pour son ex-article 4 qui faisait l’apologie du colonialisme, « a pour objet d’indemniser d’anciens membres civils de l’OAS, désignés de façon non appropriée sous le terme d’exilés politiques », alors qu’il « s’agit d’individus qui ont tué et détruit à l’explosif en tant que membres de l’OAS, en 1961 et 1962, en Algérie et en France », ont souligné les associations « des amis des éditions Tirésias » et « mémoires partagées » qui ont organisé cette rencontre.

« La résurgence des nostalgiques de l’Algérie française », s’est inquiété M. Gilles Manceron, vice-président de la Ligue française des droits de l’Homme (LDH), s’est « manifestée à travers l’érection de plusieurs stèles en hommage à ces criminels, notamment à Marignane, Toulon et Perpignan [...] ». Elle s’est également manifestée à travers l’article 13 de la loi du 23 février, « un article scandaleux » qui indemnise « des bourreaux », a-t-il ajouté. Il a déploré, dans ce contexte, le fait qu’« un criminel en chef, Athanase Georgopoulos », siège à la commission d’attribution des pensions. Il a rappelé que Georgopoulos, fondateur de l’OAS à Oran, « est un ancien terroriste qui se retrouve aujourd’hui juge et partie dans l’examen des dossiers de gratification dont vont bénéficier ses anciens complices d’une organisation ennemie de la République, à l’origine de milliers de morts et de blessés en Algérie et en France ».

De son côté, le sénateur Jean-Pierre Michel a indiqué que compte tenu de cette résurgence des nostalgiques de « l’Algérie française », l’atmosphère n’est pas très bonne au Parlement français. « La France n’est pas prête à reconnaître tous les crimes coloniaux », a-t-il souligné, ajoutant que « les Algériens ont raison quand ils disent que la France n’est pas encore prête pour un vrai traité d’amitié ».

L’association « Comité d’amitié France-Algérie », considère, quant à elle, que « l’article 13, dont on a si peu parlé, est injustifiable, il est une injure intolérable faite à la mémoire des Français qui ont été poursuivis arrêtés et certains assassinés pour avoir dénoncé les tortures, les conditions de la répression, et refusé d’y participer ». Le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) a fait valoir qu’il « aspire à une amitié avec l’Algérie, mais sur des bases concrètes incluant la reconnaissance française des responsabilités dans la colonisation, condamnant tous les crimes contre l’humanité commis au nom de la France ».

D’autres personnalités politiques, dont Pierre Joxe, ancien ministre et membre du Comité d’amitié France-Algérie, l’historien Pierre Vidal-Naquet, entre autres, ont également contribué à la dénonciation de cet article 13. Cette rencontre a été l’occasion pour eux de présenter l’ouvrage de Jean-Philippe 0uld Aoudia, la bataille de Marignane, suivi de Mort pour la France de Jean-François Gavoury, deux auteurs dont les parents ont été « sauvagement assassinés par l’OAS pour avoir porté avec leur culture et leur courage les valeurs de la démocratie ».

Ould Aoudia, dont le père fut assassiné avec cinq de ses collègues, parmi eux l’écrivain Mouloud Feraoun, en 1962 dans les locaux des centres sociaux éducatifs créés par l’historienne Germaine Tillion, proteste « contre la pose de stèles en France avec la complicité des élus locaux en l’honneur des assassins », membres de « l’organisation terroriste OAS ».

« Aujourd’hui, la France s’apprête à réhabiliter des assassins » et « ouvre ainsi à certains politiciens, dans leur frénésie électoraliste, la possibilité de dérapages honteux » à l’égard de la mémoire collective, ont précisé les organisateurs de la rencontre. Ils ont demandé à ce que les « gouvernants français se ressaisissent ». Une rencontre similaire est prévue le 4 mai, toujours à Paris.

Ghada Hamrouche

[1Titre d’origine : La colonisation est un « moment d’horreur » suivi d’avancées, selon Philippe Douste-Blazy.

[2En 2005, alors que la signature d’un traité d’amitié franco-algérien était encore d’actualité, le président Bouteflika avait déjà dénoncé la colonisation française et ses « crimes ». Les Français, avait-il expliqué alors, « n’ont d’autre choix que de reconnaître qu’ils ont torturé, tué, exterminé de 1830 à 1962 (et) voulu anéantir l’identité algérienne ».

[3Article paru dans La Tribune d’Alger, le 20 Avril 2006, sous le titre La loi du 23 février continue à faire des émules : des Français dénoncent un article honteux.