Gilles Manceron : l’éloge de criminels

publié le 20 juin 2005 (modifié le 21 juin 2005)

Que représente pour vous l’inauguration d’une stèle à la mémoire d’anciens membres de l’OAS ? Que dénoncez-vous ?

A travers l’inauguration de cette stèle, il s’agit de la résurgence d’une mémoire de la guerre d’Algérie, construite et figée. Cette mémoire ressurgit dans une espèce de flou sans discours clair. Les lobbies nostalgiques de l’Algérie française ont obtenu l’enseignement positif de la France d’Outre-Mer et ont demandé l’érection de ce monument.

Nous dénonçons le retour d’une mémoire d’extrémistes de la colonisation qui cherchent à donner une vision positive de la France d’Outre-mer et à réhabiliter des membres de l’OAS. Et ce au détriment de l’histoire de la colonisation et de ce qu’elle a représenté de contradictoire avec les idéaux de la France Républicaine.

On est dans une forme de discours qui justifie la colonisation et les faits de l’OAS. Pourtant, des membres de l’OAS ont été jusqu’à torturer des gens à la fin de la guerre d’Algérie afin de conserver la colonie française.

Comment expliquez-vous que la ville de Marignane inaugure cette stèle ?

La ville de Marignane a un maire qui a été élu avec une étiquette du Front National et qui reste dans cette mouvance même s’il s’est depuis rapproché de l’UMP.
Daniel Simonpieri, le maire de Marignane, est révélateur de cette mémoire portée par les lobbies (tels que l’association ADIMAD regroupant d’anciens membres de l’OAS) et d’une sorte de perméabilité entre des gens qui font un bout de chemin avec l’extrême droite et qui se rapprochent ensuite de l’UMP. Ce phénomène présent en région PACA, notamment à Toulon et Nice, est révélateur d’un glissement politique, d’un rapprochement en vue des prochaines échéances électorales.

Comment expliquez-vous que l’Etat ne fasse rien ?

On est un peu surpris. Il s’agit tout de même de l’éloge d’un certain nombre de personnes qui ont commis des crimes, dont le colonel Bastien-Thiry qui avait cherché à assassiner le général De Gaulle le 22 août 1962. Ça nous étonne que les autorités du pays ne réagissent pas à cette situation. Nous espérons qu’elles finiront par bouger. Nous avons demandé au préfet l’interdiction de cette stèle. Cela peut se faire sur instruction du ministre de l’Intérieur à qui nous nous sommes également adressés. Nous espérons qu’ils réagiront prochainement pour s’élever contre ce scandale.

Que restera-t-il du Gaullisme si les autorités ne font rien?