Gilles Manceron : Il souffle un vent mauvais sur notre pays !

publié le 11 juillet 2005

Il souffle un vent mauvais sur notre pays !

Ce matin, au cimetière de Marignane, si l’inauguration du monument à la gloire des quatre “ fusillés de l’OAS ” n’a pas pu avoir lieu en raison de l’interdiction préfectorale intervenue, bien tardivement, suite à nos demandes répétées, la manifestation des nostalgiques de l’Algérie française s’est néanmoins déroulée aux abords du cimetière et leur stèle de la honte a été, malgré tout, érigée.

Cette stèle qui fait suite à d’autres, à Nice, à Toulon, à Théoule, à Perpignan et ailleurs, est un nouveau scandale. Si ce scandale a pu advenir, ce n’est pas seulement à cause du lobbying mémoriel de ces jusqu’au-boutistes de la colonisation que sont les quelques anciens membres de l’OAS regroupés dans l’ADIMAD et dans d’autres associations extrémistes, c’est aussi en raison de l’attitude de ceux qui les ont écoutés et qui leur ont cédé.

C’est cela qui est le plus inquiétant. Ce qui est le plus grave, c’est l’attitude de ceux qui, comme le maire de Marignane, Daniel Simonpieri, a fait semblant de dissuader ces nostalgiques de l’Algérie française “ le temps que les passions s’apaisent ”, mais a tout fait, en réalité, pour leur faciliter la tâche. Ce qui est le plus grave, c’est que des élus comme lui avec une étiquette d’extrême droite soient accueillis à bras ouverts dans le parti politique de la majorité présidentielle, au mépris du vote des Français qui ont massivement élu l’actuel président de la République pour faire barrage au Front national. Ce qui est le plus grave, c’est l’attitude des élus qui se réclament du gaullisme et qui se taisent quand ils entendent insulter le président de la République française qu’était le général de Gaulle qui avait eu, finalement, le mérite de prendre acte de la volonté d’indépendance de la majorité des Algériens. Ce qui est le plus grave, c’est le silence de ces élus quand ils l’entendent traiter de qualificatifs aussi infamants que “ traître ” ou “ assassin ”. Quel sombre calcul électoral à courte vue leur fait accepter des hommages à de véritables assassins, y compris à Bastien-Thiry qui a dirigé l’attentat du Petit-Clamart contre le général de Gaulle ?

Face aux nostalgiques de la colonisation, la société française et ses élus ne réagissent pas avec assez de fermeté ! Cette stèle de Marignane s’inscrit dans la continuité du négationnisme des crimes coloniaux encouragé par la loi du 23 février 2005, dont l’article 4 institue un enseignement du rôle positif de la présence française outre-mer, et dont l’article 13 prévoit le paiement par l’État d’une indemnité aux membres de l’OAS condamnés, emprisonnés, assignés à résidence ou qui ont fui à l’étranger.

Ce sont les mêmes groupes nostalgiques qui ont poussé à ces dispositions et qui prétendent rendre hommage à des terroristes comme Degueldre, chef des commandos “ Delta ” qui ont assassiné de nombreux Algériens et aussi de nombreux Français : des militaires du contingent, des gendarmes, des fonctionnaires de l’Éducation nationale comme, quelques jours avant le cessez-le-feu, les six enseignants des Centres sociaux éducatifs, et des fonctionnaires de police comme, en 1961, le commissaire Gavoury. La date d’aujourd’hui 6 juillet a été choisie tout particulièrement par eux en hommage à Degueldre, puisque c’est la date de son exécution, suite à sa condamnation à mort à un moment où la peine de mort n’avait pas encore été abolie.

Il nous faut rester vigilants. Il ne doit plus y avoir d’hommage à ce groupe de factieux et de jusqu’au-boutistes de la colonisation qu’était l’OAS !

La mobilisation continue !

Gilles Manceron